22.11.2006

"Nuit d'orage" de Michèle Lemieux

medium_montreuil2006.2.jpgcette semaine, on va à Montreuil.

Parce que bien qu'on soit une grande fille maintenant, et que par conséquent on soit capable de lire des livres  sans aucune image à l'intérieur, on persiste à adorer ceux avec des trucs qui se plient et se déplient, des machins qui font pouic, ceux qui font aussi maison de poupées et ceux avec un boa constrictor en peluche, taille réelle, qui habite dedans, si ça existe.

 

Donc, on va au salon du livre jeunesse tous les ans, on a une mimi et un jojo comme excuse, mais en vrai, on en repart toujours avec quelque chose pour nous, et il y a 2 ans, c'était avec cette merveille:medium_nuit_d_orage.4.jpg

 Une petite fille en noir et blanc, le sommeil qui tarde à venir, dehors la pluie et l'orage, et dedans toutes ces questions sans réponses, ces idées qu'on se fait de soi, des autres et du monde, quand on a 8 ans. C'est métaphysique et poétique, presque philosophique:

 Où finit l'infini?

Qui suis-je?

Suis-je sympathique, intelligente?

Suis-je unique?

Suis-je belle?

Et si on pouvait changer de corps, est-ce que quelqu'un choisirait le mien?

Est-ce que ma vie est déja toute tracée d'avance?

...Ou est-ce que je devrai trouver moi-même mon chemin?

Est-ce que je saurai toujours prendre les bonnes décisions? Et comment savoir si ce sont les bonnes?

 

 

"Pourquoi je suis moi" aurais-je pu rajouter, à 8 ans.

Et j'aurais été effarée si on me l'avait dit à l'époque mais il semble bien qu'être adulte, ce n'est pas avoir la réponse... c'est juste accepter qu'on ne le saura jamais.

 

21.09.2006

"Lignes de faille" de Nançy Huston

medium_lignes_de_failles.gifUne nouvelle fois ça a marché, la magie a opéré, encore une fois, Nancy m'a parlé, et le plus étonnant c'est qu'elle avait cette fois la voix d'un enfant de 6 ans...

 

En ce qui concerne Nancy Huston,  je me trouve toujours devant le même constat: son dernier livre est toujours le meilleur. Au fond, ce n'est sans doute pas le cas, et plus probablement, c'est que c'est le choc le plus récent qui nous parait le plus violent, le dernier bonheur qui semble le plus grand.

Cependant, mais peut-être suis-je encore sous le coup de l'émotion, il me semble qu'elle a, avec "Lignes de faille", atteint des sommets.

 

C'est Sol qui prend le premier la parole, Sol comme Solomon mais ausi comme soleil, Sol, petit garçon californien de 6 ans, anorexique, omnipotent et tyrannique, qui a parfaitement compris comment entrer dans les failles de ses parents, Sol tout puissant.

Puis nous ne sommes plus en 2004 mais en 1982, et le petit garçon de 6 ans qui nous parle s'appelle maintenant Randall. Les pièces du puzzle petit à petit se mettent en place, Randall est le père de Sol, il est aussi le fils de Sally dont la voix prend bientôt le relai... d'enfance en enfance nous remontons le temps, chaque enfant étant le parent du précédent.  Et c'est à la quatrième génération que se trouve le noeud, le secret qui est le fil conducteur de chacune de ces vies, dans la toute petite enfance de l'arrière grand-mère de Sol et qui nous emmène, elle, dans l'allemagne de 1945.

 

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, il semble que tout n'a pas encore vraiment été dit au sujet de la seconde guerre mondiale, il semble que certains sujets soient encore traités de manière pour le moins elliptique, le lebensborn est de ceux là.

Ce programme qui devait permettre au IIIème reich de disposer d'une réserve inépuisable d'enfants parfaitement aryens et donc de futurs soldats, tout en perpétuant de manière exponentielle la pureté de la race, reste en effet mal connu... quel français sait-il qu'il existait un tel centre de procréation et "d'élevage" de parfaits futurs petits nazis aux portes de Paris, à Saint Germain-en-laye?

 Et que sont devenus ces enfants?

Nancy huston a imaginé le destin de l'un d'entre eux, et de ses descendants, nous donnant un magistral exemple de ce qu'est la "transmission transgénérationnelle", c'est à dire comment, de générations en générations, "ça " passe, "ça" se transmet, et les secrets continuent d'agir et de faire souffrir.

 

De New-York à berlin en passant par Haïfa, si l'ennemi se transforme, il est toujours présent... il peut même être intérieur, et la seule chose dont nous pouvons être sûrs, après avoir refermé ce livre sublime, c'est que nous ne savons pas tirer les leçons du passé...

 

 

 

 

14.08.2006

"Nord perdu" de Nancy Huston

medium_nord.jpgBon, c'est reparti... et il me fallait bien de longues vacances pour trouver le courage de faire ce que je m'apprête à faire... depuis le début de ce blog, j'y pense, je tourne autour, je me dis il faudrait, je m'en approche puis je recule, je voudrais tant que ce que je vais dire soit parfait, je voudrais que tout le monde comprenne bien à quel point, je voudrais tellement être juste que finalement je me dis toujours, plus tard, car en effet comment faire,

comment parler de NANCY HUSTON?

Finalement je me lance, et pour oser le faire je me suis dit c'est mieux un petit livre, une petite chose d'elle presque rien, ce sera moins difficile de commencer par ça, je ne peux quand même pas aborder d'un coup "L'empreinte de l'ange" par exemple, ou pire "La virevolte", non là il me faudra de l'entrainement, le petit là pour commencer, il est parfait.

Donc allez, je le relis, et bien sûr, le choc, à nouveau. Donc il faut bien me rendre à l'évidence: il n'y a pas de petites choses chez Nancy Huston.

 

Romans ou essais, vous êtes dedans, vous êtes Elle, ou plutôt, vous êtes toujours vous, et c'est à VOUS spécialement qu'elle parle. Cette femme m'a écrit, à moi personnellement, dans chacun de ses livres, comment a-t-elle fait ça je préfère ne pas le savoir, c'est à moitié surnaturel, toujours est il que.

 

Nord perdu donc, pour dire le déboussolement, la perte de repère, de celui qui vit ici mais vient d'ailleurs...

Nancy Huston la cannadienne, née dans les plaines, à Calgary... mais Nancy Huston la française, la parisienne, et même, la berrichonne... qui pense en anglais mais écrit en français, ou le contraire, ou les deux à la fois... qui n'est donc plus ni d'ici ni de là-bas, et qui nous parle, dans cet essai, de l'exil. Et de la langue. De ce que c'est que d'être "cassée en deux", un pied ici et un pied là, une famille là-bas, des enfants ici, et partout être"l'étrangère".

Et la langue, la maternelle, celle qui vous porte, et l'adoptive, celle que l'on porte... celle dans laquelle on réfléchit et celle dans laquelle on rêve, celle dans laquelle on discute et celle dans laquelle on s'engueule, jamais la même.

Ce à quoi on veut échapper en fuyant à l'autre bout de la terre, pour être son propre père, sa propre mère. Et ce qui vous rattrape car on ne vient pas de rien, on ne s'auto-engendre pas, même si l'exilé, plus que les autres, peut, un temps, le penser.

Et quand vous arrivez au bout de ce joli texte, reprenez bien votre souffle, car les quelques pages qui le suivent, "Douze France", douze petits portraits en quelques lignes d'une France agaçante et adorée, vous achèveront...

22.05.2006

"Nino" de Lolo et Elsa

paru le 21 mai 2006... on attendait un pif gadget, et voilà qu'ils nous sortent un La Pléïade, doré sur tranche, joli volume de 4 kilos... Il a l'air parfait, rien à dire, on sait déja que ça va faire un best seller.

Et nous, voilà qu'on a une nouvelle fois la preuve que le coeur est fait d'une matière extensible... dedans on a une Marthe, puis un Jojo, puis une Jeannette...

et maintenant, on a un NINO.

benvenuto, ninito.

09.05.2006

"le non de Klara" de Soazig Aaron

29 juillet 1945: Klara est revenue. de "là bas", d'où on ne revient pas.... alors oui, elle est revenue, mais NON , elle ne sera  plus jamais ce qu'elle a été,  car le retour à la vie est impossible quand on est déja mort... impossible aussi de reprendre la vie là où elle était, d'en respecter les règles et les codes, le bien et le mal, la morale, ça ne tient plus.

Klara, elle, dit NON parce qu'elle n'a plus d'autres moyens d'exister, même si cela signifie aussi renoncer à Victoire, sa petite fille de 3 ans.

c'est le journal d'Angélika, son amie et sa belle-soeur, qui nous raconte l'histoire de Klara. Elle l'a attendue, et quand elle croit la retrouver, s'aperçoit qu'elle l'a perdue.  Ce livre pose des questions sans réponses, comme: comment redevenir humain quand on a du cesser de l'être pour survivre? comment renouer avec les êtres qui nous étaient chers mais qui ne pourront jamais comprendre ce qui nous est arrivé?

 

Soazig Aaron a attendu d'avoir 50 ans pour écrire ce livre, et n'a jamais rien écrit d'autre. Elle peut s'arrêter là, son oeuvre est immense.

 

 

 

 

"l'ange sur le toit" de Russell Banks

Ce livre rentre dans plusieurs catégories car: c'est un livre  qui entre dans mon top ten d'auteurs idolâtrés puisque  Russell Banks j'aime tout, tout ce qu'il a écrit. Mais c'est aussi MON livre préféré de Russel banks donc ça rentre dans "diamant brut etc..." et aussi ce sont des nouvelles donc ça rentre dans nouvelles, et ça se passe aux States donc ça pourrait rentrer dans New-York à la rigueur. sauf que non, pas du tout, puisque ça se passe plutôt dans l'Amérique profonde, comme souvent chez Russell Banks, avec des personnages pas trop héroïques à la base, plutôt même un peu médiocres, des gens ordinaires dans une vie banale....

mais qui ont tous en commun qu'à un moment tout bête, parfois sur un détail, leur vie s'est jouée. Ce sont ces moments charnières, où la vie bascule, que Russell Banks nous décrit. Des petites choses, un mensonge sans conséquence, la phrase qu'on a pas dite... et rien ne sera plus comme avant. On y apprend que la vie est fragile, vascillante, pleine d'occasions ratées et de désillusions... ça peut faire souffrir, ou ça peut faire sourire... mais ça nous ressemble, en tout cas.

08.05.2006

"Tout ce que j'aimais" de Siri hustvedt

Allez on y va, c'est parti... On commence par "tout ce que j'aimais" parce que 1) c'est quand même le titre de mon blog, et 2) c'est le truc le plus magnifique que j'ai lu cette année... il y a tout: new york d'abord (c'est du Paul auster en mieux, normal, c'est sa femme!), Soho plus précisemment, et le milieu artistique new-yorkais, l'amitié indestructible, des couples qui s'aiment passionnément et que la vie abime... Les enfants, la vie, la mort, la folie... C'est le livre que j'ai le plus offert après "je pensais que mon père était dieu" et si ça continue il va le détrôner.

C'est un livre qui vous poursuit longtemps et personnellement Violet est encore toujours un peu dans ma tête...