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04.07.2006

"paroles de Poilus" Lettres et carnets du front; 1914-1918

medium_PAROLES_DE_POILUS.jpgIls avaient entre 17 et 40 ans, portaient la moustache, et un chapeau le dimanche... ils étaient laboureurs, ouvriers, garçons de bureaux, cheminots ou instituteurs... certains savaient écrire, d'autres moins. Ils s'appelaient Auguste, Louis, Etienne, joseph... leurs mères, leurs femmes s'appelaient jeanne, Marguerite, Félicie ou Marthe...

Ils durent subitement les quitter, abandonner leur champ ou leur établi, et partir vers le Nord: ils étaient devenus des Poilus.

Sur 8 millions de mobilisés entre 1914 et 1918, 2 millions ne revinrent jamais... et plus de 4 millions gardèrent dans leur chair les traces de cette boucherie.

Voici leurs lettres, retrouvées dans les greniers, dans les tiroirs... voici leurs paroles, leurs cris. Ecrites le plus souvent sur leurs genoux, à la lueur d'une bougie dans le noir des boyaux des tranchées...elles nous disent le départ enthousiaste, la fleur au fusil, sûrs qu'ils étaient de la rapide victoire... puis très vite la peur, la boue, la mort. Les bottes qu'on ne quitte plus qu'une fois tous les 15 jours, le sommeil debout, appuyé contre la paroie d'une tranchée de glaise... les réveils à coup de gnaule, les hurlements et les charges à la baïonnette, les corps à corps avec ceux d'en face, pas plus agés qu'eux...

On peut avoir lu "Les croix de bois" ou "A l'Ouest, rien de nouveau", rien n'a plus de force que les mots de ces gens qui ne sont pas des écrivains, et qui décrivent comme ils le peuvent comment le ciel leur tombe sur la tête, littéralement:

"moi jais pas eu du mal cher feme, je vais vou dire que mon camarade Bilien Sébastien ai more il ai tué par un cou de canon il ai tisi toupré de moi a 4 mètre vou pou vé dir a sais paran sai triste sais son tour au joudui et a d'autre demin nous some tou les jour au feu de pui 10 jour san dormire (...) ne vou fait pa tro de bil a vec moi toujour plin de courage"

Dans ce recueil de lettres pourraient aussi figurer celles qu'un certain Jean échangeait avec Marie-Thérèse...Il avait 19 ans à Verdun, il était parti au front juste après y avoir déja perdu un frère.... Elle était sa marraine de guerre, ils ne se connaissaient pas mais il avait été désigné comme "le" soldat à qui ses lettres devraient remonter le moral... tout le monde devait participer à l'effort de guerre, même à l'arrière.

C'est à Verdun qu'il reçut un éclat d'obus dans la cuisse, et je l'ai toujours connu boitant.

a son retour, ils se sont mariés.

C'étaient mes arrières grands-parents, et les derniers résultats de leurs lettres du front  s'appellent... Marthe et Joseph.

Commentaires

c'est pour le coup qu'une certaine inconditionnelle de ton blog (que tu ne connais pas mais qui se reconnaîtra) va encore dire qu'elle a l'impression d'entrer dans une intimité qui dépasse la critique littéraire en te lisant. N'empêche, elle achète les livres que tu défends.

Ecrit par : j. | 07.07.2006

ah bon? mais il faut qu'elle nous donne ses impressions après alors!

Ecrit par : julie | 08.07.2006

c'est fou, on m'a offert ce livre il y a des années et je ne l'ai pas lu... Je vais le retrouver et me plonger dedans.
PS: je te mets en lien de chez moi, pas de problème ?

Ecrit par : caroline | 13.07.2006

Ah tiens, les Poilus! Ce texte a été mis en scène début juin à Bruxelles par quelques comédiens amateurs...

Ecrit par : 212 | 14.07.2006

Alors c'est bien simple, moi, ce livre m'a fait pleurer de la première lettre à la derniere.
Je l'ai lu il y a environ 4 ans, un été, alors qu'il faisait un temps splendide et que tout le monde était reposé et bronzé d'une vie sans heurts.
Depuis cette lecture, je ne peste plus devant les anciens combattants et leur fêtes commémoratives.

Ce livre est en devoir de lecture... un peu comme Si c'est un homme de Primo Levi.

Ecrit par : Odile | 11.08.2006

Ces témoignages sont toujours aussi poignants , même s'ils sont d'un autre temps.. J'avais retrouvé, pareil, dans un grenier, une carte postale, avec un soldat courageux dessiné dessus, qui était écrite par un poilu justement, et destinée à sa famille. Elle date du début de la guerre, le soldat qui écrit a un ton rassurant, et demande au plus grand de ses fils de bien s'occuper de la maison et de sa maman.. Il n'est jamais revenu. Je ne le connaissais pas, je connaissais juste le dernier de ses descendants, mais quand même ça fait un drôle d'effet...

Ecrit par : CherryOnTheCake | 12.08.2006

J'ai lu plusieurs de ces lettres devant l'une de mes classes d'esthéticiennes, une classe où ça sent la cocotte, où tous les yeux sont très fardés, les décolletés très pigeonnants. J'ai fait l'essai de cette lecture, juste pour illustrer mon cours sur la 1ère guerre mondiale. Ca fait finalement partie des moments les plus forts de ma -courte- carrière. Après un silence très pesant, très long, quelques unes ont commencé à parler, à poser des questions, secouées d'apprendre que non, ça n'était pas du "faux". Même si souvent elles m'énervent mes élèves, là je les ai aimées de réaliser que si elles étaient nées à cette époque, les hommes qui sont allés se faire trucider sur le front auraient été leurs frères, leurs amoureux.

Ecrit par : Marion | 12.08.2006

Je découvre c eblog qui m'intéresse grandement.
Je n'ai pas lu ce livre mais un du même style: "Si je reviens comme je l'espère"; ce sont des lettres de 3 (ou 4) frères adressées à leurs parents ou soeur. C'est aussi poignant, aussi truffé de fautes d'orthographe et ça c'est passé en vrai.

Ecrit par : Sophie | 05.10.2006

merci pour ce conseil de lecture sophie!

Ecrit par : julie | 05.10.2006

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