26.02.2007
"Havana room" de Colin Harrison
Imaginez qu'un soir, dans le RER qui vous ramène comme chaque jour que dieu fait de votre travail dur et cruel, vous en ayez vraiment mais ras la cuve de Lacan, je suis vulgaire, tant mieux, et que vous ne rêviez que d'une chose: acheter plein de trucs américains très bons à manger au startruc café, rentrer chez vous et vous vautrer en regardant un bon vieux film à suspens américain très facile à comprendre, avec des beaux gars et des belles filles dans des beaux appartements à Manhantan, qui mangent les mêmes donuts que vous dans des cafés en carton, quelle soirée idéale.
Malheureusement celui qui hier encore se disait votre meilleur ami refuse de vous rendre votre magnétoscope, qu'il vous a plus ou moins volé, sous prétexte que plus personne n'en a, oui mais question comment regarder une cassette vidéo sur un lecteur DVD, réponse: on peut pas.
La soirée est donc foutue, et de dépit vous vous laissez tomber sur le canap et sur... "Havana room", acheté par hasard récemment pour la seule et unique raison qu'il y avait les mots "avocat" et "new-yorkais" écrit derrière, ce qui, si on suit la règle de l'association libre, équivaut à "Ally Mac Beal" et donc à "bien". (ba quoi?)
Et voilà une nouvelle fois la preuve que un film, c'est bien, mais un livre, finalement, c'est mieux.
Ally mac Beal n'a au bout du compte rien à voir avec cet avocat bien payé, bien marié, bien habillé et bien logé (à Manhatan, donc, quand même) et dont la vie dérape et s'effondre dans les conséquences dramatiques d'un geste anodin.
La descente aux enfers qui s'en suit et qui nous mène au sous sol d'un vieux steack house, qui abrite un club privé très spécial, n'est peut être pas le thriller de l'année.
Mais dans "Havana room", il y a New York.
Il y a New york la nuit, ses hommes d'affaires verreux aux costumes frippés, ses working girls fatiguées et ses chinois bizarres, et les plages de long Island balayées par le vent et la neige.
Il y a New York à un tel point qu'on ne peut pas ne pas penser à Paul Auster, et donc, si vous me suivez bien, à Siri Hustvedt, et donc, toujours le fameux principe de libre association, pas la peine d'en dire plus, normalement.
23:25 Publié dans New York | Lien permanent | Commentaires (57) | Envoyer cette note
22.02.2007
"Un père" de Sibylle Lacan
Il est possible que cette (re)lecture m'ait été dictée par de vils sentiments, tel, par exemple, un inavouable désir de vengeance contre celui qui a visiblement décidé de me persécuter personnellement en se rendant de son plein gré totalement incompréhensible... Que ce génie, qui bouleversa la psychanalyse en France mais qui fit le choix délibéré de son opacité fut aussi un père médiocre me le rend peut être plus humain et du coup moins inaccessible...
Toujours est il que si Lacan et son oeuvre difficile encore et toujours déchainent les passions, entre rejet et fascination, si l'incendie qu'il alluma il y a plus de 60 ans au sein des psychanalystes français continue de brûler, ce n'est pas de cet homme là dont il est question ici.
Ce n'est pas de Lacan dont nous parle Sybille Lacan, d'une voix encore étouffée par le chagrin, la colère et le dépit, c'est du père qu'il fut pour elle, tragiquement absent. Et d'autant plus qu'il fut si présent à Judith, l'autre fille, la fille adorée, celle qui jamais ne porta son nom car elle était née d'un autre lit mais dont la photo, seule, trona sur la cheminée du cabinet du maitre, au 5 rue de Lille, durant des années.
Sibylle Lacan a souffert d'être (si peu) la fille de Jacques Lacan, d'être la fille d'une femme déja abandonnée, elle a souffert de n'être pas la belle et brillante Judith, et à la lecture de ce très court récit, fait de bouts épars mais d'une rare intensité, on comprend que ce chagrin d'amour n'est pas fini, que Sibylle sans doute aura été la femme d'un seul homme, la femme d'une seule et longue peine, et nul doute que pour un autre amour la place jamais ne se sera libérée, Sibylle sans fin reste la femme interminablement délaissée d'un homme toujours déja perdu: son père.
16:40 Publié dans Pepsy... | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
18.02.2007
"En finir avec les boulets et les empoisonneurs" de Alexandra Dirand
Et on continue avec les hautbois, les trompettes et les musettes, vu que le 21 février verra se produire, concomitamment, deux évènements d'une égale importance: outre celui cité précédemment, voilà t'y pas que Pomme a, elle aussi, un livre avec son nom écrit dessus. (oui c'est fou, Pomme ne s'appelle donc pas Pomme mais Alexandra Dirand, ça fout un coup c'est sûr mais je vous jure, c'est la même.)
Notre toulousaine nationale, qui nous donne régulièrement sur son blog son humble avis sur la coiffure, le couple (ou pas), la réussite professionnelle selon elle-même, la culpabilité, l'amitié, sans oublier le tarriquet, a ce don de l'écriture juste, qui fait que parfois on se demande comment fait cette sorcière pour dire clairement en quelques phrases ce qui s'emmêle dans nos têtes depuis des années.
Il semblerait qu'elle ait une certaine expérience du genre humain, et que, question boulets et autres pourrisseurs de vie, elle ait deux trois trucs à nous apprendre...
Et bien, j'avoue, une nouvelle fois, elle m'a bluffée la Pomme. Le sujet n'était pas facile, ou plus exactement, il eut été fort simple de tomber dans le piège d'une classification caricaturale de toutes les différentes sortes de méchants qui nous attendent au coin du bois, nous, les gentils.
C'était sans compter sans la finesse et l'intelligence de l'auteur, qui nous rappelle subtilement que, si les vrais pervers existent bel et bien, il ne faut pas oublier que:
le toxique ne prend dans nos vies, finalement, que la place qu'on lui laisse (quoi comment ça je serais victime et en plus ça serait de ma faute? ben... oui.)
et qu'il n'est pas forcément là où on veut bien le voir, c'est à dire, chez l'autre....
(et oui, penser que l'on sait mieux que l'autre ce qui est bon pour lui, que MAIS SI il a froid, ou faim, ou qu'il ferait mieux de faire un autre choix que celui qu'il a fait, ben oui, désolée, c'est toxique.)
Pomme donc, a donc écrit un petit livre très casse gueule, d'où il ressort rien de moins finalement que l'Ethique du Sujet, je dis, chapeau bas, Alexandra.
16:55 Publié dans Girl, Lis! | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
04.02.2007
"Pas besoin de souffrir pour être belle" de Hélène Legastelois
Bon, là, rien à faire, j'ai beau être en apnée depuis quelques semaines avec ni le temps de lire ni celui d'écrire, je ne peux pas passer sous silence l'évènement qui se produit en ce moment même sous nos yeux ébahis, sonnez hautbois, résonnez musettes (trompettes?), Hélène a un livre avec son nom écrit dessus.
Et pourquoi, en quel honneur, entends-je crier la foule en délire.
(Soyons juste, la foule sussure aussi quelques douce paroles de type "quoi hélène publie un livre et pas moi, alors que c'est bien moi qui écris plusse mieux qu'elle, non mais c'est dégueulaaaasse, ouais t'as trop raison pétulette, c'est toi qui écris le plusse mieux, laisse tomber c'est surement un complot, encore un coup des russes, ou alors surement qu'Hélène a couché avec le Mossad ouais à tous les coups c'est ça alors tu vois laisse tomber, t'as pas à regretter toi au moins tu peux te regarder dans la glace quoihan.")
(Oui bon la foule a ses limites, hein. bref)
Pourquoi, donc?
Et bien, tout simplement, parce que ce livre, elle l'a ECRIT.
Hélène donc, dont le blog est la petite lumière qui nous guide dans cette nuit noire et obscure que peut être la vie d'une fille, parfois.
Hélène qui milite pour la réhabilitation du saucisson, et contre le port du legging et autres joyeusetés, Hélène enfin, et surtout, qui au fil de ses articles a su créer une véritable communauté: un lieu ou filles et femmes de tous ages se rencontrent, se retrouvent, échangent leurs conseils et leurs points de vue, se donnent des tuyaux et des bonnes adresses, un lieu surtout où elles font cette expérience troublante de constater que quelles que soient leurs différences, voire leurs divergences, il y a ce fil qui les lie, cette chose insaississable et presque ineffable: leur expérience de la féminité.
Hélène et féministe et elle le revendique, parce qu'il y a, n'en déplaise à certains, encore du boulot: Non, les hommes et les femmes, c'est pas pareil, et il ne s'agit plus de faire l'erreur qu'ont fait certaines de vouloir être "comme les hommes" (mais merci à elles car elles ont initié le combat), aujourd'hui il s'agit de pouvoir être "comme une femme", sans qu'en aucun cas cette différence ne soit hiérarchisable, et sans qu'on nous impose une quelconque manière de l'être, femme.
Hélène est parfois futile, superficielle et légère, et elle le revendique, parce que la vie, c'est déja assez chiant comme ça, "la vie est une vallée de larmes", je vous le rappelle, pas la peine d'en rajouter inutilement, donc.
Hélène peut être grave et profonde, parce que le monde dans lequel nous vivons l'est aussi, et que, allez savoir pourquoi, ça résonne en elle parfois plus qu'ailleurs.
Et hélène a écrit un livre, donc, plein de conseils pour être belle sans rentrer dans des cases, un petit livre sans prétention mais où l'on retrouve son ton et même, n'ayons pas peur des mots, ses valeurs.
Il sort le 21 février, et c'est peu de le dire qu'il FAUT l'acheter, (ici, par exemple) parce qu'il est bien et parce que le Mossad ils déconnent pas, ces mecs là.
13:45 Publié dans Girl, Lis! | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
05.01.2007
biiiiiiiiiiiiiiiiip
Je vous prie de bien vouloir exuser l'interruption momentanée de ce blog, pour cause de taf de malade mental (et ce n'est pas tout à fait une image.)
14:10 Publié dans autobiographie | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
13.12.2006
La librairie "L'usage du monde" à Belle Ile
Il y a un endroit où on aimerait bien être quand Paris est gris et triste, qu'il fait nuit quand on part le matin et nuit quand on rentre le soir, que l'hiver est encore devant nous et qu'on est déja gelée, que cet appartement est vraiment trop petit pour qu'on le partage avec des souris, que notre Directeur Général nous rappelle que non, nous n'avons jamais été amis, Julie, en fait ici c'est un travail, et que rien, décidemment rien ne va:
Là, par exemple.
Ou là:

Ou encore là.
Bref, à Belle Ile en mer.
On arriverait à Palais par un des bateaux du soir, et sauterait déja d'excitation sur le pont en faisant des grands signes à ceux qui nous attendent sur le quai... on saurait que dans les jours qui viennent, on va, dans le désordre, boire un kir breton au coucher du soleil à la terrasse de l'hotel du phare à Sauzon, manger des crèpes chez Renée et des sardines grillées chez Carole, bronzer sur la plage de Baluden, marcher sous la pluie le long des falaises et de la grotte de l'apothicairerie... et passer des heures à l'Usage du Monde.
22:05 Publié dans Et où on trouve tout ça? | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
22.11.2006
"Nuit d'orage" de Michèle Lemieux
cette semaine, on va à Montreuil.
Parce que bien qu'on soit une grande fille maintenant, et que par conséquent on soit capable de lire des livres sans aucune image à l'intérieur, on persiste à adorer ceux avec des trucs qui se plient et se déplient, des machins qui font pouic, ceux qui font aussi maison de poupées et ceux avec un boa constrictor en peluche, taille réelle, qui habite dedans, si ça existe.
Donc, on va au salon du livre jeunesse tous les ans, on a une mimi et un jojo comme excuse, mais en vrai, on en repart toujours avec quelque chose pour nous, et il y a 2 ans, c'était avec cette merveille:![]()
Une petite fille en noir et blanc, le sommeil qui tarde à venir, dehors la pluie et l'orage, et dedans toutes ces questions sans réponses, ces idées qu'on se fait de soi, des autres et du monde, quand on a 8 ans. C'est métaphysique et poétique, presque philosophique:
Où finit l'infini?
Qui suis-je?
Suis-je sympathique, intelligente?
Suis-je unique?
Suis-je belle?
Et si on pouvait changer de corps, est-ce que quelqu'un choisirait le mien?
Est-ce que ma vie est déja toute tracée d'avance?
...Ou est-ce que je devrai trouver moi-même mon chemin?
Est-ce que je saurai toujours prendre les bonnes décisions? Et comment savoir si ce sont les bonnes?
"Pourquoi je suis moi" aurais-je pu rajouter, à 8 ans.
Et j'aurais été effarée si on me l'avait dit à l'époque mais il semble bien qu'être adulte, ce n'est pas avoir la réponse... c'est juste accepter qu'on ne le saura jamais.
20:35 Publié dans diamant brut, perle rare, or pur | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : littérature jeunesse
07.11.2006
"Brokeback mountain" de Annie Proulx
Le cow boy de la pub malboro existe.
Il sent le cuir, le whisky, la sueur et le tabac. Il est mal rasé et pas toujours propre, vu qu'il fait gardien de moutons dans les montagnes, comme métier. Il reste là haut des semaines entières, il mange des haricots en boite réchauffés sur un feu de bois, il ne peut pas trop dormir car il doit surveiller les coyottes, heureusement qu'il a son harmonica, et aussi son copain Jack Twist avec qui il veille sur le troupeau.
Quand il redescend en ville, il va embrasser sa femme et ses gosses, ils se sont connus quand ils avaient 15 ans, aujourd'hui elle est serveuse dans un des motels du bord de la route, faut bien vivre, et il fait quelques séances de bullriding, celui qui gagne c'est celui qui tient le plus longtemps assis sur le taureau, et ivre mort, c'est pas facile.
Faut pas trop le chercher le cow boy, il est pas né le bon dieu de fils de pute qui s'y risquerait, il peut être mauvais, il a pas eu la vie facile faut dire, mais il en parle pas trop il préfère se taire et cracher par terre, il a sa pudeur et surtout
Il a passé sa vie, sa vie entière, à aimer Jack Twist d'amour fou, qui le lui rendait bien, quelques mois par an là haut à Brokeback Moutain, y'avait rien à faire sacré bordel de dieu, ça servait à rien de lutter,
Le cow boy de la pub malboro est homo.
21:35 Publié dans New York | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, littérature américaine
05.11.2006
"Eau sauvage" de valérie Mréjen
Vous savez tout le bien que je pense de valérie Mréjen, et j'en pense même tellement de bien que c'en est une illustration parfaite d'une conversation qui a eu lieu pas plus tard que cette semaine autour d'un cabillaud au camenbert, si ça va très bien ensemble, et cette conversation avait pour thème "l'amour humain est toujours ambivalent". ( Oui je dîne souvent avec Heidegger et ses amis, c'est un principe.)
Mon amour pour Valérie Mréjen est donc tout à fait humain puisque j'ai régulièrement tendance à la haïr de tant d'originalité, de tant d'intelligence sensible, le tout dans de si petits livres où, toujours, le plus important est ce qui n'est pas dit, et, comment fait elle, qu'on entend quand même.
Et là, c'est Elle qu'on entend, alors que c'est son père qui parle, et seulement lui, puisque manquent dans ce dialogue ses répliques à elle. Et c'est pourtant son portait qui se dessine, dans ses réponses que l'on ne fait que deviner, les yeux qu'elle lève au ciel et les soupirs de lassitude qu'on ne peut qu'imaginer... car de l'ambivalence, pour le coup, en voilà...
"hier soir je suis allé chez des amis qui ont un fils brillant."
"Quand à... comment s'appelait-il, ton copain qui roulait en scooter? Le jour où tu me l'as présenté, je te respecte et je t'adore ma chérie, tu es la prunelle de mes yeux, mais quand je l'ai vu arriver avec sa chemise de pyjama, j'ai pensé mais c'est pas possible... je ne nie pas qu'il ait des qualités, bien au contraire, mais entre nous, se ballader avec le sac en bandoulière et le tabac à rouler."
"Aujourd'hui si je voulais, je pourrais terminer mes jours très confortablement, faire des croisières, des beaux voyages, m'offrir des 4 étoiles. Mais je suis raisonnable. Et puis ça ne m'intéresse pas. Le fruit de mon travail est pour vous."
"Allo ma chérie? Je t'appelle sur ton fixe, ça sonne occupé. Ah tu es en ligne?"
Et ne t'inquiète pas pour moi, moi si vous êtes bien c'est le principal, ta soeur ne me dit rien, appelle ta soeur vous ne communiquez plus vous les jeunes, et si bien sûr je t'ai dit que ma cousine venait dîner vendredi, elle ne vous voit jamais, et tiens achète toi une jolie robe si si ça me fait plaisir et surtout mets la vendredi qu'est ce que c'est que cette manie de s'habiller dans des guenilles, je suis si content de te voir c'est tout ce que tu racontes oh moi tu sais mon dos me fait tant souffrir, moi, c'est tout pour mes enfants.
"Eau sauvage", c'était sûrement son parfum.
Et oui décidément, l'amour pur n'existe pas.
23:15 Publié dans french connection | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
26.10.2006
Le questionnaire d'Hélène
Bon, je suis obligée de répondre à ce questionnaire, piske Hélène l'a dit sur son blog. Et je vous rapelle qu'Hélène fait dictateur, comme métier. (En même temps, ça fera patienter mes millions de fans, qui me demandent chaque jour que dieu fait quand je vais enfin écrire un bidule sur ce blog, mes fans ne comprennent pas que j'ai un travail et des cosmo à boire dans des lumières tamisées après, oui bon mes fans s'appellent caro et elles elles ont un boulot même pas aux 35 heures 2 enfants un mari et elles écrivent tous les jours des billets hilarants, mes fans sont hyper énervantes, en fait.)
1) Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne :
"petites créatures nanties de longues ombres qui montent la garde aux confins embrumés. De petites poches se sont formées sous leurs yeux et ils ont l'age d'Ammu quand elle est morte. Trente et un ans.
Ce n'est pas vieux.
Ni jeune.
Un age pour vivre; pour mourir, aussi."
Arundhati Roy, " Le dieu des petits rien"
(Voilà la raison précise de la mise en jachère de ce blog: je lis ça. Oui, c'est dense. Et beau. Et ça se lit doucement sinon on rate tout.)
2) Sans vérifier, quelle heure est-il ?
11 heures? Et je suis en train de répondre à un questionnaire indiscret sur mon blog où je suis total incognito normalement, alors que j'ai: une douche à prendre, (ça n'a l'air de rien mais ça veut dire un brushing à faire) un jean à mettre, un haut à trouver qui puisse faire travail ET soirée puisque ce soir c'est l'apéro du jeudi et que j'ai pas le temps de rentrer entre les deux, un métro puis un train à prendre, une activité professionnelle à honorer et à laquelle je dois me présenter à 13 heures 30. Je prend un vrai risque, là.
3) Vérifiez :
11 heures 28. Je vais me faire licencier.
4) Que portez-vous ?
Numéro 5 de Chanel.
hinhin.
5) Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Mon avenir en face: honnètement, as tu la moindre chance de retrouver du travail demain si par malheur tu choisissais de ne pas y aller cet après-midi? hein?
6) Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
Les talons de ma voisine du dessus, la vaisselle de mon voisin d'à côté, la radio de ma voisine du dessous. Et c'est un jour calme, c'est à dire qu'il n'y a pas encore de concert dans le café d'en bas.
7) Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Hier soir. Bu des bières avec mes copines en essayant de répondre à cette question: les bottes, plates ou à talon?
8) Avez-vous rêvé cette nuit ?
Oui. A talon. (véridique)
9) Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Hier soir, quand Estelle a tenté de rester digne et de continuer sa conversation téléphonique comme si de rien n'était alors qu'elle venait de se vautrer en descendant l'escalier de mon immeuble.
10) Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Une jolie affiche qu'Estelle m'a offert pour mon dernier anniversaire.
11) Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Un appartement à Montmartre. avec terrasse et vue sur tout Paris, et un dressing. immense, où je pourrais mettre UN TRUC PAR CINTRE.
Après, je rachèterais les éditions de minuit.
12) Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
Ca aurait pu être la deuxième saison de "Desperate Housewife" si QUELQ'UN me les avait bien enregistré comme elle me l'avait plus ou moins juré sur la tête de sa fille (du coup j'espère que c'était pas moi mais l'autre.)
13) Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
Oui, apparemment, si on oublie un filtre à café plein dans la cafetière pendant quelques semaines (hum... mois?) il peut pousser un genre de plante verte, dedans.
14) Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Qu'il est en train de me faire trahir ma ligne éditoriale.
15) Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :
En troisième j'ai inventé une chorégrapie sur Mylène Farmer.
Mais c'est pas ça le pire; Le pire, c'est que je la connais encore.
16) Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
Mimi-cracra-l'eau-elle-aime-ça.
16) Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon?
Rouletabille.
18) Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?
Heu... on a le droit d'emmener ses parents, sa soeur avec son mari et ses enfants, sa meilleure copine et toute la bande?
19) Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
Oups merde j'ma gouré, celle là c'est dans 5O ans normalement... scuzez pour la dérange madame!
20) Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
La taille et le prix des appartements parisiens. Oui je suis autocentrée, mais sinon l'ampleur de la tache me brise par avance.
21) Aimez-vous danser ?
Oui mais depuis qu'un ami m'a dit que j'imitais à la perfection le ridicule, je ne suis plus autant sûre du résultat.
22) Georges Bush ?
Me ferait presque moins peur que Sarkozy.
23) Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
le zapping grâce auquel j'ai appris que Jacques Chirac "aime voir des gens heureux autour de lui. Il en a même besoin" d'après Bernadette qui en 1960 était déja coiffée n'importe comment.
Mais qu'est ce qui s'est passé Jacques, alors? hmm?
24) Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Celles à qui j'aurais aimé le demander l'ont déja fait, donc, personne. Ou ceux qui veulent.
14:30 Publié dans autobiographie | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
18.10.2006
La librairie Labbé à Blois
A Blois, la vie est tranquille. Trèèèès tranquille. Elle s'y étire doucement, entre le vieux pont et les rues pavées qui montent vers la cathédrale... le samedi matin, TOUT LE MONDE se retrouve au marché. Et si vous y prenez un café à la terrasse de la place Louis XII vers midi, je vous mets au défi de croiser un visage inconnu.
A Blois, il n'y a pas de H&M, pas de Zara, pas de printemps ni de galerie trifouillette. Ok, il y a un promod, ce qui vous permet d'expérimenter des situations très intéressantes: si, lors de la réunion du lundi matin, 18 de vos 22 collègues féminines ont le même pull que vous, vous vous sentez un peu obligée de dire un truc original, par exemple. ("Cet enfant n'a pas l'air d'aller très fort, dites donc. Je me demande si ça serait pas dans la tête, par hasard? Hein?" ou encore "Non pas de café pour moi ce matin. Une Pina Colada, ça ira très bien. Avec une paille. Merci.")
Les mauvaises langues diraient qu'à Blois, on se fait chier. Mais certains matin l'air y est doré et transparent, car la lumière des bords de Loire n'est pas la même qu'ailleurs.
Et il y a, dans un village tout près de là, une table en bois sous un tilleuil, d'où tout est parti et où tout me ramène, et l'ailleurs n'est possible que parce que cet ici existe.
Et c'est ici que moi, dans la lumière d'un début d'automne, j'ai appris à lire.
Et c'est sans doute parce que la vie y était douce et lente que je n'ai jamais cessé.
A Blois, il n'y a pas de Fnac, pas de Virgin Mégastore.
Il y a ça:
On y achetait le cahier de texte et les crayons HB à chaque rentrée... On y commandait "ich spreche deutsch" et "Le bourgeois gentilhomme"...
Et cette petite librairie avec nous a grandi. On y a un jour acheté "introduction à la psychanalyse", et on y a touché un de nos premiers salaires (Noël 198... , un mois à faire des papiers cadeaux.)
On a même un peu habité juste à côté, puis on est partie, faire sa vie à Paris.
Mais on y revient souvent, acheter des livres et un peu de passé. Et on est toujours étonnée: avec un, puis deux, puis trois étages en plus, elle est de plus en plus grande, de plus en plus jolie, la librairie Labbé...
Et on a du mal à croire au hasard, quand on réalise qu'à Paris, aujourd'hui que l'enfance est finie, c'est "La librairie des Abbesses", notre librairie.
Librairie Labbé
9 rue Porte-chartraine
41000 BLois
23:00 Publié dans Et où on trouve tout ça? | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : librairie
12.10.2006
"A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" de Hervé Guibert
La littérature, ce n'est pas un loisir. Elle peut être un poison violent, elle peut vous faire plier et vous mettre à terre, certains livres vous horrifient d'autant plus que vous les adorez, de même que vous vous accrochez à l'amour qui vous détruit, et si nous n'étions attirés que par le bonheur ça se saurait. Ce livre est un merveilleux cauchemar, l'absolue perfection du malheur, lire est parfois un douloureux plaisir.
Hervé Guibert était un journaliste, un écrivain, un photographe, un beau garçon narcissique au regard grave et aux boucles blondes, qui est passé directement du statut d'éternel adolescent à celui de mort, et qui a fait de son SIDA son oeuvre d'art.
"A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" a connu dès sa sortie un succès fracassant, parce que c'est un livre choquant, cru et voyeuriste, et très certainement aussi parce qu'on y reconnait aussi sûrement que s'il les avait nommés certains de ses proches par ailleurs très célèbres. Cela laissait peu de place à la reconnaissance de la réelle qualité littéraire de ce texte, à ce qu'il avait de novateur et de subversif. Près de 15 ans plus tard, les douleurs et les passions déchainées par ce livre se sont sans doute apaisées, restent les mots sublimes, le ton dépouillé pour dire la peur, l'attente, la déchéance physique, la lente prise de conscience qui fut celle des années 80 où les homosexuels comprirent d'abord, avant les autres, que beaucoup d'entre eux allaient mourir.
Reste la solitude, le froid de l'aiguille à la pliure du bras, l'enveloppe qui contient le nombre de T4 et qu'on ne peut pas ouvrir. Reste l'urgence d'écrire, décuplée par l'approche de la mort.
Et ce n'est pas le SIDA qui a fait de Guibert un écrivain qu'il aurait été de toutes façons.
C'est Guibert qui a fait du SIDA, en même temps que de sa vie qui contient comme la notre sa mort, mais lui contrairement à nous ne pouvait l'ignorer, un horrible et magnifique objet littéraire.
12:55 Publié dans french connection | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
08.10.2006
"Petit miracle" de Barbara Kingsolver
![]()
Barbara Kingsolver a écrit des romans qui font d'elle une des mes écrivains préférés ("L'arbre aux haricots", "les cochons aux paradis", entre autre, et le très beau "Les yeux dans les arbres", par exemple...) mais c'est la citoyenne, lucide, honnète et engagée, que j'admire le plus en elle.
Si le 11 septembre 2001 a pour nous tous été un choc effroyable , il a frappé les américains avec une violence inouie. Et alors que la nation se resserrait autour du deuil, rares ont été les voix qui ont osé entrer en dissonance avec le formidable élan de patriotisme qui en a découlé...
Les textes réunis dans cet essai ont été une tentative pour Barbara Kingsolver de ne pas céder à la tentation de vivre dorénavant dans la colère, ce qui serait une victoire pour ceux qui ont semé cette terreur. Mais c'était aussi, dans cette période de stupeur, de tristesse et d'angoisse, un moyen de ne pas perdre espoir, et de dire sa foi dans l'idée que le monde pourrait peut-être ne pas aller directement à sa perte.
Biologiste de formation, et profondément écologiste, Barbara Kingsolver a une idée très claire des conséquences dans le monde de la politique de consommation aveugle et sourde du gouvernement américain. Ce pays, qui représente 5% de la population mondiale, consomme 1/4 de l'énergie mondiale. Nous faisons nous-mêmes partie des 20% de privilégiés qui utilisons près de 70% des ressources de la planète, et générons 75% de ses déchets.
Barbara Kingsovler dénonce ici le fait que sa citoyenneté la rende complice d'une politique qu'elle réprouve, qui pousse les dirigeants de son pays à organiser leur économie autour de la consommation du pétrole en soutenant ainsi des régimes totalitaires, mais qui parallèlement refusent de ratifier le protocole de Kyoto qui limite les émissions de gaz à effet de serre.
Mais elle nous rappelle aussi que s'il en va de la responsabilité des états, le simple citoyen n'est pas sans moyen d'action quant à l'état du monde... et que notre manière de consommer peut être en soi un acte politique: si nous acceptions par exemple de ne jamais manger un aliment qui apporte moins d'énergie que son transport en a coûté, nous réduirions considérablement la consommation de pétrole (et donc en hiver, on mange du chou-fleur et pas des fraises.)
Je conçois que cela puisse paraitre aux premiers abords rébarbatif et donneur de leçons et pourtant, ces jolis textes ne le sont pas. Il y est certes question de jardinage ou de plants génétiquement modifiés, mais pas seulement... il y est aussi question du respect de l'autre, de l'amour de la vie, de ce que ce fut que d'être une étudiante américaine dans les années 70, et de comment élever ses enfants dans ce pays quand on préfère éviter le coca et la télévision... On y trouve une magnifique lettre ouverte à sa fille de 13 ans, et une autre non moins belle à sa mère. On y fait la rencontre d' une femme courageuse qui tente de vivre au plus proche de ses idées, et qui continue d'aimer le pays dans lequel elle est née, une femme qui ne perd pas confiance en "ce qu'il est possible d'attendre de l'esprit humain", une femme qui a écrit ceci:
" Je lutte pour ne pas me noyer en sachant que jamais je n'entrerai dans le marécage du cynisme, car, si je le fais, je pourrais ne jamais en ressortir. Je ne suis pas faite ainsi. J'ai des enfants qui me sont plus précieux que ma vie, et chaque molécule en moi veut leur promettre que nous nous en sortirons. Nous ne ferons pas sauter le monde avant qu'elles essaient toutes ces choses que nous faisons, nous, les adultes, dans cette grande fête hurlante: nous tenir sur nos deux pieds, nous faire briser le coeur, nous en remettre, voter, conduire une voiture, ne pas conduire de voiture,nous épuiser pour réaliser quelque chose dont nous sommes fiers, écouter la station de radio que nous voulons, porter notre coeur en bandoulière, danser sur la table, faire une scène, nous ridiculiser, être stupéfiant, être plus fort qu'on ne pensait, faire un sacrifice qui compte, découvrir ce qu'on vaut, préparer un repas parfait, lire un livre parfait, embrasser pendant une heure, tomber amoureux pour de bon, faire l'amour, avoir un bébé, se pencher sur son popre enfant tout nu qui crie d'appréhension et s'émerveiller de ce miracle. (...)
Nous n'avons pas été fait pour tuer, je le jure. Reculons. C'est une énorme erreur."
21:05 Publié dans engagé!, le top ten des auteurs | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : essai, littérature américaine
04.10.2006
La librairie des Abbesses
Oui, où on achète tout ça???
Et bien, d'abord et avant tout: LA.
Bon évidemment, j'avoue, le fait de passer devant au moins deux fois par jour, associé aux horaires d'ouvertures tardives et même le dimanche, ont peut-être été à l'origine de mon amour pour MA librairie.
Mais, s'il dure encore à ce jour, c'est parce que ma librairie des Abbesses possède bien d'autres qualités que celle de la proximité...
D'abord elle est si jolie, un peu petite peut-être mais ça rajoute à son charme, les livres chez elle montent jusqu'au plafond, et on a le droit de grimper aux échelles pour trouver ce qu'on cherche...
Et puis il y a Marie-Rose. Marie-Rose à qui vous pouvez dire "chais pas quoi lire..." et qui va vous sortir sans réfléchir "Le non de Klara", après que vous ayez juste cité deux de vos auteurs préférés, tiens alors ça ça devrait vous plaire et c'est peu de le dire, et ce livre tout simplement vous mettra à genoux.
Marie-Rose Guarniéri est à l'origine du prix Wépler, décerné chaque année dans la brasserie du même nom place clichy, et sachez que cette année le très beau "maryline, dernières séances" de Michel Schneider est en lice, et qu'en 2000 par exemple, c'est Laurent Mauvignier qui l'a obtenu...
C'est pour sa sélection régulièrement renouvelée de livres de poches que l'on revient encore et encore, pour les pépites que l'on trouvera sous le bandeau "conseillé par la librairie des Abbesses", à ce jour je n'ai été déçue qu'une seule fois malgré ce gage absolu de qualité et je crois que c'est moi qui avais tort.
C'est à Marie-Rose que je dois toutes mes plus belles découvertes de ces dernières années, c'est à elle que je dois Alona Kimhi et Amos Oz, Maggie O'Farrel et même, oui, Siri Hustvedt et je ne parle que des romans car le rayon sciences humaines court lui aussi à ma perte, et celui de littérature enfantine est parfait, bref, cet endroit est un des trésors de Montmartre, c'est surtout un des mes trésors à moi, et tiens voilà, cadeau, je vous l'offre.
Librairie des Abbesses
30 rue Yvonne Le Tac
75018 Paris
23:45 Publié dans Et où on trouve tout ça? | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : librairie
24.09.2006
"La contrevie" de Philip Roth
Revoilà Nathan Zuckerman, le "double" de Philip Roth... cette fois lui même flanqué d'un frère, sorte de double à l'envers: Henry. Comme toujours la vie des personnages de Philip Roth est traversée par le doute l'amour le sexe la religion et la folie... mais cette fois, il y a des alternatives... La "contrevie", c'est l'autre vie possible, la vie que nous aurions eue si, à un moment donné, nous avions fait un autre choix, pris une autre décision.
Dans ce roman en abîme, difficile de faire la part de la réalité et de l'imaginaire, de savoir si les personnages dont il est question n'appartiennent pas en fait uniquement au roman de Nathan... impossible de distinguer la vie de la littérature...
Ce flou artistique, je le conçois aisément, peut être déstabilisant... Certaine personnes ont besoin de savoir de quoi il retourne exactement, sinon où va-t-on, sinon c'est la porte ouverte.
Il se trouve que j'ai pour ma part décidé, il y a bien longtemps et une fois pour toutes, de refuser l'idée obscène selon laquelle ma vie et la littérature se situeraient sur des plans différents... j'ai définitivement fermé mes oreilles aux âmes bien intentionnées qui m'expliquent que "les livres c'est bien joli mais faudrait ptêt un peu s'occuper de la vraie vie non mais, tu vois pas que pendant que tu lis des heures durant affalée sur ton lit il se passe DES VRAIS TRUCS non????"
La vie, c'est de la littérature, et inversement, ce qui fait qu'en terme de contrevie, je m'y connais,
Pas besoin de me demander quelles auraient été les conséquences dans ma vie d'un autre choix professionnel, amoureux ou de coiffure... ni ce qui se serait passé si j'avais décidé d'habiter une autre ville ou un autre pays... J'HABITE REGULIEREMENT UN AUTRE PAYS, voire une autre époque, je suis garçon ou fille ou les deux à la fois (merci Jeffrey Eugenides, car ça c'était une première), j'ai 6 ans j'ai 20 ans je vais bientôt mourir, j'ai fait toutes les guerres et de tous les côtés, j'ai été gentille fille et mauvais garçon et inversement, je suis pauvre je suis riche j'habite sous le métro new yorkais, dans un hotel parisien et dans une ferme de l'Iowa, je suis noire je suis juif je suis métisse, je suis heureux je suis despérée mélancolique et gaie, je suis grande et belle, je sais ce que c'est qu'être laid, je connais la dureté et la douceur du monde, mes contrevies sont infinies
parce que je lis.
17:20 Publié dans New York | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : littérature américaine
21.09.2006
"Lignes de faille" de Nançy Huston
Une nouvelle fois ça a marché, la magie a opéré, encore une fois, Nancy m'a parlé, et le plus étonnant c'est qu'elle avait cette fois la voix d'un enfant de 6 ans...
En ce qui concerne Nancy Huston, je me trouve toujours devant le même constat: son dernier livre est toujours le meilleur. Au fond, ce n'est sans doute pas le cas, et plus probablement, c'est que c'est le choc le plus récent qui nous parait le plus violent, le dernier bonheur qui semble le plus grand.
Cependant, mais peut-être suis-je encore sous le coup de l'émotion, il me semble qu'elle a, avec "Lignes de faille", atteint des sommets.
C'est Sol qui prend le premier la parole, Sol comme Solomon mais ausi comme soleil, Sol, petit garçon californien de 6 ans, anorexique, omnipotent et tyrannique, qui a parfaitement compris comment entrer dans les failles de ses parents, Sol tout puissant.
Puis nous ne sommes plus en 2004 mais en 1982, et le petit garçon de 6 ans qui nous parle s'appelle maintenant Randall. Les pièces du puzzle petit à petit se mettent en place, Randall est le père de Sol, il est aussi le fils de Sally dont la voix prend bientôt le relai... d'enfance en enfance nous remontons le temps, chaque enfant étant le parent du précédent. Et c'est à la quatrième génération que se trouve le noeud, le secret qui est le fil conducteur de chacune de ces vies, dans la toute petite enfance de l'arrière grand-mère de Sol et qui nous emmène, elle, dans l'allemagne de 1945.
Aussi étonnant que cela puisse paraitre, il semble que tout n'a pas encore vraiment été dit au sujet de la seconde guerre mondiale, il semble que certains sujets soient encore traités de manière pour le moins elliptique, le lebensborn est de ceux là.
Ce programme qui devait permettre au IIIème reich de disposer d'une réserve inépuisable d'enfants parfaitement aryens et donc de futurs soldats, tout en perpétuant de manière exponentielle la pureté de la race, reste en effet mal connu... quel français sait-il qu'il existait un tel centre de procréation et "d'élevage" de parfaits futurs petits nazis aux portes de Paris, à Saint Germain-en-laye?
Et que sont devenus ces enfants?
Nancy huston a imaginé le destin de l'un d'entre eux, et de ses descendants, nous donnant un magistral exemple de ce qu'est la "transmission transgénérationnelle", c'est à dire comment, de générations en générations, "ça " passe, "ça" se transmet, et les secrets continuent d'agir et de faire souffrir.
De New-York à berlin en passant par Haïfa, si l'ennemi se transforme, il est toujours présent... il peut même être intérieur, et la seule chose dont nous pouvons être sûrs, après avoir refermé ce livre sublime, c'est que nous ne savons pas tirer les leçons du passé...
16:25 Publié dans diamant brut, perle rare, or pur, le top ten des auteurs, New York | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : roman, prix Fémina
"Le papillon des étoiles" de Bernard Werber
L'existence même de cette note est le fruit d'une longue et douloureuse réflexion ayant pour thème: mon éthique, mon idéologie personnelle, les quelques (rares) principes que je m'applique tant bien que mal à suivre pour ne pas faire de ma vie un endroit où je n'aurais moi-même pas envie de mettre les pieds...
Soyons clair: je n'aurais jamais, de ma propre initiative, ouvert un livre de Bernard Werber, et voilà qu'Albin Michel m'offre l'occasion de le rencontrer, de l'écouter présenter son nouveau roman, de repartir avec un exemplaire des dernières épreuves vu qu'il est même pas encore sous presse, et tout ça sous un flot de champagne pour faire passer les sushis, la vie est parfois plus facile qu'on ne le croit.
Je n'avais donc jamais rien lu de Bernard Werber et visiblement j'avais tort, puisque pas un des autres bloggeurs présents n'étaient passé à côté des fourmis, son chef-d'oeuvre. Oui mais là on est là pour "Le papillon des étoiles", et comment dire, quand je réalise qu'il est question de vaisseau spatial et de renouveau de l'humanité mais ailleurs et autrement, je comprend qu'il y a une horrible erreur, fallait pas m'inviter, Bernard, ou Albin, ou qui que tu sois.
Bernard Werber a été journaliste scientifique, et on sent que toutes les découvertes technologiques dont il fait des romans le passionne... j'ai pour ma part un tel amour de la science qu'il confine à la haine, pour être franche.
La gentillesse de Bernard Werber, et ma tendance naturelle à la culpabilité sous laquelle je ploie un peu plus chaque jour, me poussèrent à le lire quand même, ce livre.
C'est peu dire qu'un intense conflit interne s'en suivit, car en ce qui me concerne c'est à la limite du supportable, des gentils héros, des bons sentiments, du cucul la praline sur fond de fusée, de mise en orbite et de planètes gazeuses, je n'arrive pas à faire le lien entre l'écrivain que j'ai rencontré (bien qu'il se décrive comme artisan, qui écrit un livre comme un patissier fait un gâteau, passons, c'est son droit) et ce livre qui me tombe des mains... j'ai bien réfléchi et je ne vois qu'une explication:
Bernard Werber a écrit ce livre, qui va se vendre comme les précédents à des millions d'exemplaires, pour financer la réalisation grandeur nature du "Papillon des étoiles", un vaisseau spatial qui va sauver l'humanité... en vrai. En fait, c'est un génial savant fou... un artisan du futur, quoi.
(Et maintenant, c'est rapé pour que je sois sauvée, j'y monterai jamais dans le vaisseau. Je vais pas y couper, à la fin du monde, moi...)
00:00 Publié dans Bof | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note
18.09.2006
"Sourire de loup" de Zadie Smith
Voilà exactement le genre de livre que je n'aurais jamais lu si on ne me l'avais pas mis d'office dans les mains, j'étais passée 100 fois devant cette couverture et 100 fois elle était restée muette, elle ne me disait vraiment rien de rien, allez savoir pourquoi, alors qu'à l'intérieur, c'est le bruit et la fureur, c'est le Bengale et la Jamaïque sur les trottoirs de la banlieue de Londres, c'est Allah, Jésus Christ et la fin du monde, et ça sent le curry, le fish and chips, la marijuana et le défrisant.
Zadie Smith est une toute jeune écrivain anglo-jamaïcaine dont c'est le premier roman, et il était déja vendu alors qu'elle n'en avait écrit que les 80 premières pages... (il en fait 800). Et il est tellement riche, drôle et foisonnant qu'on peut le comprendre: Salman Rushdie himself avait salué cette chronique de l'immigration indienne en Angleterre... On y parle de l'intégration et de ses avatars, mais pas seulement: ce livre touffu et qui part un peu dans tous les sens fourmille de détails, et on a parfois l'impression que chacun d'eux pourrait donner naissance à un autre roman... la colonisation et ses conséquences, le sentiment d'humiliation, les efforts pour ne pas perdre son identité culturelle ou ceux, au contraire, pour se fondre dans la masse... mais aussi la gémellité, le fondamentalisme religieux, les manipulations génétiques... ne sont que quelques-uns des nombreux thèmes abordés à travers le destin de deux familles sur plusieurs générations...
L'Inde m'est inconnue, et pour tout dire, Londres aussi... mais aujourd'hui je ne regarderai plus jamais les paquets de longs cheveux noirs que l'on vend dans certaines boutiques du passage Brady ou de chateau rouge de la même manière...
21:20 Publié dans London calling | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
14.09.2006
"My tailor is rich" de Ethel Gorham
Ce livre magnifique a été traduit de l'américain par... Nancy huston.
Nancy Huston n'est pas traductrice, elle est écrivain, et quelle écrivain sans vouloir me répéter, vous savez ce que j'en pense.
Qu'elle ait choisi de faire en sorte que nous aussi, pauvres monolingues, nous puissions lire Ethel Gorham (dont à ce jour seul ce livre est disponible en France) est en soi une raison suffisante pour se jeter dessus, en ce qui me concerne.
Mais au cas improbable où vous auriez besoin d'autres arguments, sachez que cette histoire est bouleversante... et qu'elle a l'air fort réelle, pour ne pas dire à la limite de l'autobiographie: Ann, juive américaine dont la jeunesse est loin derrière elle, revient, plus de 50 ans après la guerre, sur les traces de sa famille française...
Il n'y a presque plus personne, et elle le savait. A Belleville rien n'est comme avant, les restaurants chinois tiennent le haut du pavé, les juifs de l'est qui y tenaient des ateliers de coutures ont disparu. Disparue, sa famille française qu'elle aimait tant, elle qui, grace à son passeport américain, a pu fuir en 1939, avant qu'il ne soit trop tard. Et nous voilà plongé au coeur de la grande question du 20 siècle, en ce qui concerne ceux qui ont été épargnés, à savoir: la culpabilité.
La culpabilité collective d'abord, puisque qu'on y pose cette question: QUI savait? Qui aurait pu empêcher? Les américains, en tant que peuple, ne savaient sans doute pas plus que les autres, bien qu'Ann se l'entende reprocher... mais les Etats-Unis, en tant qu'état? Que savait l'état? Les pays qui n'étaient pas pris directement dans la guerre ont ils effectivement préféré rester aveugles et sourds au danger encouru par les juifs pour éviter un afflux massif de réfugiés à leurs portes?
La culpabilité individuelle, ensuite... Ann avait une jolie cousine française, et son artiste peintre de mari n'y était pas resté insensible. A l'heure où il était encore possible de fuir, le moins que l'on puisse dire est que Ann ne s'est pas battue pour l'emmener avec eux. Et qu'elle a ainsi, pour sauver son couple, signé son arrêt de mort.
Ce livre raconte comment on fait pour vivre avec ça.
Nancy Huston n'a donc traduit que celui-là. Et nous, on décide d'apprendre l'anglais pour pouvoir lire les autres.
16:30 Publié dans New York | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : littérature américaine
11.09.2006
"Matin brun" de Franck Pavloff
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Ca ne va pas être facile, de résumer un livre qui n'a que 10 pages... et qui arrive, cependant, à nous plonger dans un univers totalement absurde: on assiste en direct à la montée en puissance d'un régime politique dictatorial fondé sur des principes sans queue ni tête, mais que les citoyens respectent, par crainte, ou parce qu'ils ne sont pas vraiment concernés... jusqu'à ce qu'ils s'apercoivent que, quand ça les concerne, il est déja trop tard.
"L'état brun" est une parodie évidente du régime nazi... et alors que l'on est surpris de la docilité avec laquelle les deux protagonistes se plient aux lois les plus extravagantes (posséder uniquement des animaux domestiques de couleur brune, pour commencer...) on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec le fait que des lois raciales, tout aussi ineptes mais concernant les humains, ont été appliquées à la lettre...
Cette nouvelle parue en 1998 était passée presque inaperçu... jusqu'au choc du 21 avril 2002, où les français découvrirent avec stupeur que les lepénistes, eux, votent. On parla de Franck Pavloff sur France Inter, puis partout...
Ce livre minuscule coûte 1 euro.
Je conseillerais bien au ministre de l'Education Nationale, qui cherche des idées pour apprendre des trucs aux enfants pour pas cher, de doter chaque élève d'un exemplaire de ce fascicule. Voire d'en rendre l'étude obligatoire à partir de 12 ans.
(Lequel ministre me demande bien souvent mon avis, vous vous en doutez.)
Obligatoire, donc.
Sous peine de mort. Non mais c'est vrai, faut pas déconner avec le totalitarisme, quoi.
00:35 Publié dans engagé! | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note








